V.a.k.o.g et hypersensibilité : une grille de lecture utile ?

En séance de sophrologie ou d’accompagnement PNL, on tombe régulièrement sur des personnes qui saturent dans un environnement banal : lumière de bureau trop vive, bruit de fond d’open space, texture d’un vêtement qui gratte. On leur propose alors la grille VAKOG pour « identifier leur canal sensoriel dominant ».

Le problème, c’est que cette grille n’a pas été conçue pour décrire ce type de réactivité sensorielle. La confusion entre préférence perceptive et hypersensibilité peut orienter un accompagnement dans une mauvaise direction.

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Hyperréactivité sensorielle et préférence VAKOG : deux mécanismes distincts

Le VAKOG (Visuel, Auditif, Kinesthésique, Olfactif, Gustatif) est un acronyme issu de la programmation neuro-linguistique. Il postule que chaque personne privilégie un ou deux canaux sensoriels pour traiter l’information et communiquer. On repère ce canal à travers le vocabulaire employé (« je vois ce que tu veux dire », « ça sonne juste », « je le sens bien »).

L’hypersensibilité sensorielle, elle, ne concerne pas la préférence de communication. Elle désigne une réactivité accrue du système nerveux à des stimuli ordinaires. Une personne hypersensible à l’auditif ne « préfère » pas le son : elle subit les bruits que d’autres filtrent sans effort. La nuance est de taille pour quiconque accompagne ces profils.

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Les recherches récentes sur la sensibilité élevée (High Sensitivity, ou SPS) montrent qu’elle implique une profondeur de traitement de l’information, pas simplement une « dominance » d’un canal. On parle de traitement global plus intense, pas d’un filtre sensoriel unique. Le VAKOG ne modélise pas cette dimension.

Homme observant attentivement un objet près d'une fenêtre, illustrant la perception visuelle et le système sensoriel VAKOG

VAKOG en accompagnement : ce que la grille capte et ce qu’elle rate

Sur le terrain, la grille VAKOG a une utilité concrète. Elle aide à adapter un discours, à reformuler une consigne de visualisation ou à choisir un support pédagogique. En formation, proposer un schéma à un profil visuel ou une mise en situation corporelle à un profil kinesthésique facilite l’ancrage. C’est un outil de calibration rapide.

Là où ça coince, c’est quand on plaque cette grille sur une personne qui décrit une gêne sensorielle quotidienne. Prenons un cas fréquent : quelqu’un se dit « très kinesthésique » parce qu’il est sensible aux textures, aux températures, au contact physique. Si cette sensibilité provoque de la fatigue, de l’évitement ou de l’anxiété, on ne se situe plus dans une préférence cognitive mais dans une hyperréactivité qui relève d’un autre cadre.

Voici ce que le VAKOG permet et ce qu’il ne couvre pas :

  • Il identifie un canal de communication privilégié, utile pour adapter sa pédagogie ou son écoute en séance.
  • Il ne distingue pas une préférence sensorielle d’une surcharge sensorielle pathologique ou invalidante.
  • Il ne prend pas en compte les profils neurodivergents (TDAH, TSA, troubles anxieux) chez qui la réactivité sensorielle a des bases neurologiques documentées.

Hypersensibilité sensorielle : quand orienter au-delà de la PNL

En accompagnement, on rencontre parfois des personnes qui cumulent plusieurs canaux « saturés ». La lumière les fatigue, les conversations en groupe les épuisent, certaines odeurs déclenchent des migraines. Leur proposer de « développer les canaux sous-utilisés » via des exercices PNL classiques ne répond pas à leur situation.

L’enjeu n’est pas de rééquilibrer des canaux mais de réguler un système nerveux en surcharge. Les approches qui fonctionnent dans ces cas passent par la gestion de l’environnement (réduction des stimuli), des techniques de régulation nerveuse (respiration, ancrage corporel) et, pour certains profils, un bilan avec un professionnel formé aux troubles de l’intégration sensorielle.

Les retours varient sur ce point, mais plusieurs praticiens en PNL reconnaissent que la grille VAKOG atteint ses limites face à ces profils. Elle reste un premier filtre de lecture, pas un outil de diagnostic ni de prise en charge de l’hypersensibilité.

Utiliser le VAKOG avec un profil hypersensible : trois ajustements concrets

Plutôt que d’abandonner la grille, on peut l’adapter quand on travaille avec une personne qui présente une sensibilité sensorielle marquée.

Premier ajustement : distinguer canal préféré et canal saturé. Un questionnaire VAKOG standard ne fait pas cette différence. Ajouter une question du type « ce canal vous procure-t-il du confort ou de la fatigue ? » change radicalement la lecture du résultat.

Deuxième ajustement : ne pas chercher à « activer » un canal qui génère de l’inconfort. Si une personne décrit une gêne auditive forte, lui proposer des exercices de visualisation guidée avec fond sonore revient à ignorer son signal nerveux. On travaille avec les canaux ressources, pas contre les canaux saturés.

Troisième ajustement : croiser la grille avec d’autres outils. Le VAKOG donne une photo à un instant T du mode de communication. Pour approfondir une hypothèse d’hypersensibilité, il gagne à être complété par des échelles validées en psychologie (comme celles liées au trait de sensibilité élevée).

Jeune femme hypersensible savourant un café en terrasse, illustrant l'expérience sensorielle multisensorielle et le modèle VAKOG

Limites du modèle VAKOG : ce que dit la recherche

Wikipedia le rappelle sans détour : le modèle des accès sensoriels en PNL est considéré comme simpliste et ne repose pas sur des données solides en neurologie. Le postulat d’un canal « dominant » stable dans le temps n’a pas été confirmé par les études en sciences cognitives.

Cela ne signifie pas que la grille est inutile. Cela signifie qu’on ne peut pas en faire un outil d’évaluation de la sensibilité d’une personne. En accompagnement terrain, la différence entre un outil de communication et un outil d’évaluation clinique reste la ligne à ne pas franchir.

Pour les praticiens qui utilisent le VAKOG avec des profils hypersensibles, garder cette grille comme un point d’entrée conversationnel plutôt que comme un cadre explicatif global protège à la fois la qualité de l’accompagnement et la confiance de la personne suivie. Quand la gêne sensorielle dépasse le registre de la préférence, le relais vers un cadre adapté reste la réponse la plus utile.